Merci pour votre patience. On va commencer cette soirée, ce débat ce soir. Bonsoir à toutes et à tous. C'était une longue journée. Merci d'être là à ce moment. Bonsoir aussi à Marie, à Ludovic et à Jeanne. Moi c'est Marc Berthold, je suis le directeur de la fondation Heinrich Böll à Paris. Nous sommes la fondation politique qui est proche, mais interdite vers l'Allemagne. C'est très important. Ici on ne fait pas d'ingérence, mais quand même nous sommes partenaires dans cette magnifique rencontre à Cluny. C'est un grand honneur. C'est aussi un grand joie d'être dans une position d'animer ce débat ce soir. La carte blanche pour Marie Toussaint. Le sujet de ce soir, c'est comment construire une Europe par en haut et par en bas. Et pour la fondation, ça marche bien, parce que nous sommes cinq bureaux dans l'Union européenne et nous travaillons à Bruxelles avec les institutions, avec les députés dans le Parlement européen, mais dans d'autres pays comme la France, en Italie, en Grèce, en Pologne, en Angleterre, en Allemagne aussi bien sûr. On travaille aussi avec les associations, les sociétés civiles. Ça veut dire aussi en bas, l'Europe un peu en haut et beaucoup plus en bas. Mais quand j'ai parlé à mes collègues et des amis, je vais animer cette carte blanche ce soir, ils ont dit ça veut dire quoi l'Europe par en haut et par en bas. Il y a beaucoup à discuter ce soir, mais avant je présente nos intervenantes. Je voudrais bien mettre un peu de contexte aussi à quel moment nous sommes ici en Europe avant les élections européennes. Il y a juste deux jours, la fondation Heinrich Böll en Allemagne a publié un sondage où 62 % des gens ont dit qu'ils voulaient aller au vote pour les Européens. Et j'ai vu aussi un sondage en France qui dit que juste 42 % sont prêts à ce moment, ça va changer, on va faire des campagnes et motiver les gens à aller au vote, que maintenant ils pensent à aller au vote pour l'Europe. Et souvent l'Europe est très abstraite, mais ça touche tout le monde. Il y a deux jours, nous avons une guerre en Europe contre l'Ukraine, il y a une montée de l'extrême droite qui attaque les sociétés civiles et les libertés démocratiques. La transition écologique et sociale est aussi attaquée par l'extrême droite et aussi par les entreprises, les grandes entreprises. Et il y a de multiples crises, le changement climatique, la crise sociale, les prix endogmés, il y a beaucoup de choses qui touchent nos vies et qui sont aussi gérées par l'Europe. Mais pas seulement, parce qu'il y a aussi vous les citoyennes et les citoyens dans tous les pays de l'Union Européenne qui s'engagent, qui sont des politiciens, des politiciennes et des votants et votantes. Et c'est pourquoi nous voulons commencer cette soirée, ou fermer cette belle journée, mais aussi entrer dans le week-end avec un débat. Ça veut dire quoi ? Comment nous pouvons gérer et créer l'Europe de l'avenir, de demain, par en haut, avec les institutions, mais aussi avec la société civile par en bas. Marie Toussaint, la tête de la liste des écologistes en France, elle était déjà députée depuis 2019 et dans sa vie, comme aussi en tant que députée, elle s'engage pour la justice sociale, la justice environnementale, les droits des femmes, des genres. Et elle va s'exprimer ce soir sur les questions, ça veut dire quoi, avec les grands mouvements de l'Europe de l'année dernière, comment on peut créer l'Europe de l'avenir. Mais d'abord, on va commencer avec Ludovic Vouet, il est le secrétaire général confédéral de la Confédération européenne des syndicats à Bruxelles depuis 2019. Avant, il était le leader de la jeunesse des syndicats en Belgique. Et après, nous avons Jeanne Basseguion, la maire de Strasbourg, qui s'engage dans la ville de l'Europe avec Bruxelles. Elle est la maire depuis 2020 et avant, elle était députée dans le conseil municipal de Strasbourg. Elle a commencé aussi sa vie politique en s'engageant pour la question de l'économie durable et sociale, le tourisme durable dans la région de l'Alsace. Et par cela, il y a quelque chose que toutes et tous avaient en commun, la question environnementale et la question sociale. Et c'est une bonne entrée, je vais donner la parole à Ludovic. Ça veut dire quoi les syndicats ? Ils sont dans l'Europe en haut ou en bas ? Merci pour l'invitation et cette opportunité d'échanger entre nous sur les défis des cinq dernières années et des cinq prochaines années. J'espère qu'on peut discuter d'où on est aujourd'hui. Et donc pour les syndicats, évidemment, nous on représente... Bon, on est en haut parce qu'on va discuter avec les institutions européennes. Mais évidemment, on est un mouvement qui organise tous les syndicats européens et donc tous leurs membres et porte la voix de tous leurs membres. Et donc c'est évidemment un mouvement qu'on essaie d'être le plus démocratique possible et qui regroupe 45 millions de travailleurs dans toute l'Europe. Donc c'est aussi le plus grand mouvement social en Europe. Donc avec les mouvements environnementaux, etc. C'est parmi les plus grands mouvements. Et donc c'est une voix qui devrait compter. Et donc on essaye de faire compter au niveau européen. Et donc si je suis là ce soir, c'est évidemment pour échanger sur les sujets qui touchent les travailleurs. Et pour dire que ce dont on a besoin de parler, c'est ce qui touche le cœur des gens, évidemment. Ce qui touche le portefeuille des gens. Également leurs conditions de travail, leurs revenus, leurs salaires. C'est des discussions qu'on doit avoir très concrètement pour donner des réponses aux gens par rapport aux problèmes dans leur vie, dans le monde du travail. Au jour le jour, il y a plein de choses encore à régler. Tout n'est pas fait. Ça s'est détérioré dans les dernières décennies. Les conditions de travail avec les mesures d'austérité qu'on a pu avoir dans la dernière décennie, qui a beaucoup attaqué les conditions dans les services publics, dans les conventions collectives plutôt à l'est de l'Europe qu'ici. Il y a eu beaucoup de destructions et d'attaques sur les salaires, sur les conditions de travail, etc. On est arrivé à une période depuis 2019 où on a un peu plus vu que le social revenait à l'agenda, tout comme le vert, depuis la mandature 2019-2024. Et c'est évidemment insuffisant ce qui a été fait là-dessus. Mais on est dans une période où on engrange d'une certaine manière des initiatives qui peuvent améliorer les choses. Et il faut qu'on ait des initiatives européennes qui améliorent les conditions concrètes des travailleurs. Dans la dernière mandature, ce qu'on a pu voir, et là je pense que ça amène aussi la question de la stratégie, c'est que sur les questions sociales, ce qu'on a pu gagner, qui est certainement insuffisant et certainement vous me direz insuffisamment connu aussi, c'est que ce qui a été gagné, souvent ça a été gagné parce qu'au Parlement européen, la gauche était unie. Les syndicats soutenaient des propositions et les groupes socialistes, les groupes de la gauche et les groupes écologistes étaient tous unis derrière des propositions. La droite avait du mal à imposer ses positions sur des sujets qui paraissaient des évidences, comme le salaire minimum. C'est difficile d'être contre des salaires décents dans les différents pays. Et l'extrême droite, ce n'est pas son cœur de métier. Donc elle savait d'une certaine manière peu prendre ses sujets sociaux. Et donc un peu la recette de ce qui s'est passé dans les cinq dernières années, quand ça a pu réussir des initiatives positives, et il y en a malheureusement trop peu, c'est souvent justement quand la droite a été mise en minorité et qu'elle n'était pas sur ces sujets. Et ça, ça a pu être fait sur le salaire minimum, sur la transparence salariale entre les hommes et les femmes, sur la directive sur le travail de plateforme, sur la directive sur le devoir de vigilance, qui sont des initiatives dont les deux derniers que je cite, ce n'est pas des victoires d'il y a cinq ans, c'est des victoires d'il y a deux semaines, avec des propositions qui ont été malheureusement diluées, mais qui sont des propositions positives et qui peuvent amener des améliorations substantielles dans les situations des travailleurs. Si je prends les travailleurs de plateforme, on pourrait avoir, avec la transposition des travailleurs de plateforme, enfin le respect pour les travailleurs de plateforme de leurs droits en tant que salariés. Ça va être un combat d'implémentation, etc. Mais ça montre qu'au niveau européen, les combats communs qui ont pu être portés par les syndicats, par les forces progressistes au niveau européen sur les questions sociales, peuvent porter leurs fruits. Et il va falloir continuer. Continuer, mais la peur qu'on a et la crainte qu'on a, c'est que par rapport à la période 2019 où la reconnaissance du problème climatique et le problème des déséquilibres sociaux, où avant tout, dans la décennie précédente, c'était l'économie avant tout, l'austérité avant tout, et d'une certaine manière, il y avait une reconnaissance au niveau des institutions européennes depuis 2019 qu'il fallait rééquilibrer un petit peu ça. Le Covid a encore renforcé ça avec la nécessité de soutenir les économies, etc., soutenir les salaires, et donc le fonds de relance et le programme SURE, qui a aussi aidé les travailleurs à ne pas perdre leur emploi. C'est insuffisant, mais on a l'impression que même ça qui est insuffisant, maintenant, c'est complètement en danger. Donc on est dans un changement de temps. Si je prends une terminologie allemande avec le Zeitgeist, on dirait qu'en 2019, l'esprit du temps, c'était le climat, c'était de prendre en compte le social, et qu'aujourd'hui, l'esprit du temps, ça va être l'austérité et que ça va être la dérégulation. Et donc c'est le danger dans lequel on est si on n'arrive pas à remobiliser d'une certaine manière pour les élections européennes et pour qu'il y ait des députés qui portent justement une vision contraire à ça. L'austérité, parce qu'autant on a suspendu pendant la pandémie les règles budgétaires qui imposaient des réductions de déficit, des réductions du ratio de la dette, on va revenir à partir de 2024, sauf si le Parlement européen, le 22 avril, vote contre. Mais on n'est pas hyper confiant sur le résultat de ce vote. On va revenir aux anciennes règles budgétaires qui vont obliger des Etats, et donc super endettés, à faire des coupes budgétaires. Et ces Etats les plus touchés par cette réforme, c'est la France, c'est l'Espagne, c'est la Belgique, l'Italie. Ça représente une bonne partie de l'économie européenne. Et les calculs qu'on a pu faire, c'est qu'avec le retour des règles budgétaires, c'est par an 100 milliards de coupes. 100 milliards de coupes, c'est tout ce qu'on va premièrement couper dans les conditions de travail des travailleurs, des destructions d'emplois quand on fait des coupes dans les services publics. Mais c'est aussi tout ce qu'on ne va pas pouvoir investir dans la transition écologique. Donc la question des règles budgétaires, on a besoin de règles budgétaires qui permettent l'investissement. Et pour la France seule, c'est 25 milliards d'euros par an à couper. Et donc ce qu'on a pu voir, c'est que même si les règles ne sont pas encore là, Bruno Le Maire les anticipe. Donc on est dans cette phase où l'austérité revient, les coupes reviennent. Et ça, c'est complètement... Autant il y a 15 ans, c'était déjà débile de couper dans les conditions de travail. Autant maintenant, c'est complètement suicidaire, dans le sens où on est dans les conditions des gens, des conditions de travail, mais on coupe complètement dans notre capacité à anticiper l'avenir et à planifier la transition, la transition juste de nos économies. Ça, c'est la question de l'austérité. La deuxième question, c'est la dérégulation. On a une législature qui a apporté des régulations. On n'est pas satisfait avec, évidemment, toutes et le pacte vert. Et certainement, j'y reviens, insuffisant et n'a pas vraiment les outils pour permettre une transition juste de nos économies. Mais on est dans une législature qui a amené sur la table des nouvelles législations, des nouvelles règles sur la table. Et c'est normal, parce que le rôle du politique, c'est de faire de la législation et de discuter. Justement, d'imposer des normes quand c'est nécessaire. Et donc là, le backlash qu'il y a au niveau européen, c'est un gros push de la part des employeurs européens pour dire « il faut arrêter de légiférer, il faut nous laisser faire, il faut nous laisser implémenter, il faut nous donner une certitude législative, etc. Il faut arrêter de nous demander d'en faire trop, il faut nous permettre de le faire. » Ça, c'est pour ceux qui ne remettent pas en cause les politiques climatiques. Pour certains autres, c'est même « il ne faut pas nous imposer de le faire ». Et donc le risque qu'on a, c'est qu'on a une Commission européenne qui promet à ces entreprises de réduire de 25% les obligations de reporting. Et donc ça, ça part pour nous même d'une mauvaise analyse. C'est comme si les obligations de reporting avaient été créées comme ça par des bureaucrates dans des bureaux pour dire « il faut absolument que les entreprises remplissent des documents à foison juste pour les ennuyer ». Non, le reporting, c'est ce qui nous permet, ce qui permet aux fonctionnaires de l'État de vérifier que les règles sont respectées en termes de pollution chimique, en termes de respect des conditions de travail, non-exploitation des travailleurs migrants dans les exploitations agricoles. Il y a toujours soit une question sociale, soit une question environnementale ou une question de santé dans les questions de reporting. Donc il faudrait, quand on parle de dérégulation, et de dire « il faut faire moins, il faut que l'Europe impose moins de choses », quand les entreprises disent ça, il faudrait qu'elles puissent dire à quel point, qu'est-ce qu'on doit retirer dans ces législations. Parce que comme ça, on peut avoir un débat démocratique sur ce qu'on doit retirer. Évidemment, ce n'est pas ce qu'elles font. Alors que nous, notre sentiment, c'est justement qu'on a besoin de plus. On a encore besoin de légiférer. Et là, on a sorti un manifeste pour les élections européennes où on a des priorités sur la table qui sont de continuer à parler salaire, évidemment, et revenus. Il faut que les travailleurs gagnent et des meilleurs salaires. Je pense que la moyenne en France, c'est que 50% des travailleurs sont en dessous de 2 000 euros. Ce n'est pas suffisant, ce n'est pas possible pour une grande majorité des travailleurs de vivre avec 2 000 euros ou moins. Et donc, il faut augmenter les salaires. Pour augmenter les salaires, il faut évidemment que les entreprises les payent. Et souvent, ce qui marche pour ça, c'est la négociation collective. C'est justement là que les syndicats ont un rôle aussi. Et donc, on a besoin que les législateurs soutiennent la négociation collective pour que les syndicats ne soient pas dans une situation de devoir accepter n'importe quoi. J'y reviendrai sur le climat. Mais si on ne met pas des droits forts pour les syndicats de négocier justement les transitions, en fait, les syndicats sont face à accepter les délocalisations, accepter les restructurations, etc. Alors que s'ils ont des droits forts dans ces négociations, ils peuvent justement imposer des augmentations de salaires, des anticipations des changements, etc. Donc, on a besoin de législateurs qui vraiment prennent ça au sérieux. Ce n'est pas juste qu'il faut tiquer le box et de mettre y compris les syndicats dans un texte. Ça veut dire quelque chose de mettre y compris les syndicats. Ça veut donner des outils aux syndicats. Donc, ce n'est pas pour prêcher pour main chapelle. C'est ça qui... Les couvertures de conventions collectives, c'est ça qui donne des droits dans les différents pays. En France, 98% des travailleurs sont... Ça ne veut pas dire que c'est le paradis, mais sont couverts par des conventions collectives. Dans certains pays, à l'est, c'est 20% des travailleurs. Quand il n'y a pas de conventions collectives, ça veut dire que chacun, individuellement, négocie avec son employeur. Et on sait bien qui gagne dans ce cas-là. Donc, ça, c'est le premier point. On continue à parler de salaire revenu, parce que la crise du coût de la vie, elle a évidemment affecté énormément les travailleurs. Et il y a besoin que les salaires augmentent. On a vu que dans les pays comme la Belgique, où il y a une indexation automatique des salaires, la crise est moins grave. Elle est quand même importante. Les gens perdent, évidemment, du pouvoir d'achat et du pouvoir de vivre. Mais les mécanismes qui protègent les salaires fonctionnent. Deuxième point, c'est qu'il faut mettre fin à la précarité. On a vu dans les dernières décennies la prolifération des contrats précaires. Et donc, si on veut lier un agenda climatique et social, on ne peut pas se retrouver à avoir décarboné l'économie en 2050 et qu'on ait tous des contrats temporaires d'un jour, qu'on va être appelés le lendemain par la boîte. Ce n'est pas possible. Je caricature, mais il faut que, si on veut mettre ensemble les luttes, il faut que les luttes pour la décarbonation soient des luttes aussi pour des bonnes conditions de travail. Cela veut dire que le contrat à durée indéterminée, c'est quelque chose qu'il faut défendre. Et on a toujours l'impression que c'est impossible. L'Espagne a montré l'inverse. L'Espagne a fait une réforme du travail il y a deux ans. Elle a limité le recours au contrat temporaire. Et on voit que le résultat, c'est que c'est l'Espagne qui crée le plus d'emplois dans l'Union européenne depuis deux ans et que le plus d'emplois qui sont créés en Espagne, c'est des contrats à durée indéterminée. Cela donne la sécurité aux travailleurs et une garantie de revenu pour le lendemain. Il faut continuer aussi à toucher aux questions des travailleurs comme le temps de travail. La réduction du temps de travail, c'est une question qu'on doit discuter dans les années à venir. Le droit à la déconnexion, c'est une question qu'on doit discuter aussi dans les années à venir pour pouvoir réguler les nouvelles formes de travail, l'intelligence artificielle, les algorithmes, etc. Il faut mettre des règles, sinon elles ne vont pas s'imposer d'elles-mêmes. Il faut également parler de santé et sécurité des travailleurs. Très rapidement, il y a encore trop de travailleurs qui meurent au travail. Il faut des initiatives zéro mort au travail. Il faut vraiment mettre en place les règles qui permettront ça. Il faut mettre des limites de température. Je viens alors sur la question du climat. Il faudrait qu'il y ait une directive qui dise qu'on ne peut pas travailler au-dessus de 35 degrés parce que c'est dangereux pour les corps. Oui, ça n'existe pas. Il y a très peu d'initiatives au niveau national à ce niveau-là. En termes de sécurité, il faut aussi améliorer encore les protections que les travailleurs peuvent avoir contre le harcèlement, contre les violences sexistes et sexuelles, etc. J'ai parlé de l'austérité. Ça m'amène sur la politique, sur la création d'emplois. On a besoin d'avoir une transition qui soit une politique industrielle forte, qui soit une politique industrielle. Pourquoi je parle de politique industrielle ? L'industrie, ça peut paraître noir, brun. On a besoin d'industrie verte, qui soit décarbonée, etc. À l'avenir, on a besoin de décarboner notre secteur du ciment, de l'acier, de l'aluminium, du verre, etc. Sinon, il va quand même continuer à exister, mais il sera en Chine. On a besoin de décarboner ça parce qu'on continuera à avoir besoin de verre. Donc, c'est des questions concrètes, mais c'est des questions concrètes aussi parce que dans les trois dernières années, il y a 900 000, en Europe, emplois industriels qui ont disparu, 900 000 qui ont été détruits dans les trois dernières années. On ne peut pas passer sous silence que, en fait, les transitions qui sont en train de se passer, elles ne sont pas justes. Et donc, c'est là que j'arrive justement sur la question de la transition climatique. On a un cadre qui est le pacte vert. Il y a même des objectifs qui commencent à être discutés pour 2040, de réduction de 90% des émissions de gaz à effet de serre. Pour nous, on a soutenu l'introduction du pacte vert, mais dès le départ, on a dit que, socialement, ça ne passait pas. C'était impossible. Et donc, les moins 55% pour 2030, avec ce qui est sur la table, et commencer à discuter de moins 90% pour 2040, c'est complètement hors de la réalité pour nous. C'est parler aux gens qui sont dans la rue et qui disent « moins de normes environnementales » et qu'en même temps, la Commission leur dit « on va aller à moins 90% » sans dire comment on va le faire. Ce n'est pas possible. On a besoin de justement mettre le cadre de comment le faire. Et ce cadre de comment le faire, pour nous, c'est mettre une directive sur la transition juste sur la table, parce que toutes les politiques climatiques, en fait, on ne peut pas juste mettre des politiques climatiques et les voter. On a besoin que dans toutes les politiques climatiques, leurs conséquences sociales et leurs conséquences sur les secteurs en termes de travail soient anticipées. Je prends un exemple, l'automobile. On sait très bien que passer au véhicule électrique, ça veut dire moins de temps de travail nécessaire par travailleur, par unité produite. On sait aussi que ça veut dire reconcentration sur l'Allemagne de toute la chaîne de valeurs. Ça veut dire destruction en Roumanie, en Italie, des petites entreprises qui sont à la chaîne de valeurs automobile. C'est certainement pas ce qu'on veut, d'avoir une reconcentration sur le pays le plus riche, entre guillemets, dans cette production, et une réduction du temps de travail, mais en virant les travailleurs, pas en réduisant. C'est ce qui va arriver si on ne met pas un cadre. Si je prends le cadre d'une autre initiative, et je pense que je vais devoir conclure, c'est l'ETS2 qui est la sorte de taxe carbone européenne qui va être introduite pour 2027. On sait très bien que ça va affecter les gens les plus vulnérables, les premiers, parce que décarboner, changer de voiture, avoir une pompe à chaleur, un véhicule électrique, et des panneaux solaires, ce n'est pas à la portée de tout le monde. Tout le monde ne peut pas financer sa décarbonation facilement. Donc, on a besoin d'avoir une directive qui accompagne, qui planifie la décarbonation, et qui planifie ces questions sociales. Et si on ne le fait pas, on est face au risque dans lequel on est aujourd'hui, que tous les acteurs climato-sceptiques disent « slow down », « arrêtez », « freinez » sur les législations environnementales. Évidemment, il y a énormément de gens qui sont séduits par ce discours, parce que les législations environnementales qui sont mises sur la table, elles n'ont pas toutes ces anticipations des conséquences sociales. Si on lit les questions environnementales et les questions sociales, et qu'on discute ça avec les gens, il y aura beaucoup moins de risques que ces gens-là soient séduits par les sirènes de ceux qui leur disent « non, ça serait bien qu'on ne fasse rien parce que c'est dangereux pour vos emplois ». Je conclue, du coup, sur la question de la démocratie, parce que la question des élections en juin, c'est aussi un grand risque pour les institutions européennes qui sont déjà très dures à bouger, avec un Conseil européen très rétrograde et très conservateur, qui bloque quand même pas mal d'avancées quand il y en a. On est face à un risque que l'extrême droite, que tout le bloc de la droite, l'extrême droite et les conservateurs, soient très proches d'une majorité. A priori, ils ne seront pas en majorité, mais le fait qu'ils soient très proches d'une majorité va quand même, avec beaucoup de chance, rendre quasi impossible de continuer à avancer. Ça rendra peut-être indispensable la participation des Verts dans une majorité, mais je ne sais pas, la négociation entre le groupe des conservateurs et celui des Verts sur la question environnementale, je ne sais pas à quel point elle va amener à quelque chose qui pourrait faire avancer. Donc, la remobilisation. Nous, on ne soutient pas un parti en soi, on discute avec toutes les forces progressistes et c'est celles qui veulent discuter justement des initiatives que nous, on met sur la table. Mais on a besoin des forces progressistes au Parlement européen. On a besoin aussi qu'on se dise, ce n'est pas perdu encore ces élections. On l'a bien vu en Espagne l'année passée. Il est possible d'aller en campagne et dire, on ne va pas perdre face à l'extrême droite et l'extrême droite a perdu la moitié de ses voix. C'est possible de le faire. On n'est peut-être pas super confiant que ce soit le cas, mais c'est possible de le faire. Mais pour ça, il faut parler aux gens de leurs problèmes. Je reviendrai par la suite sur d'autres éléments, j'imagine. Merci Ludovic. Merci d'évoquer ce grand changement des priorités du Zeitgeist entre 2019. Et c'est vraiment important aussi qu'on vive un backlash à tous les niveaux. C'est vraiment important. Mais aussi de terminer en une note positive que le changement est possible. Et j'imagine que tu veux reprendre directement. Mais d'abord, je vais donner la parole à Jeanne. A Strasbourg, dans les villes, en tant que maire, avec les autres maires, collègues écologistes en France, tu vois et tu vives les crises dans les villes des Strasbourgeois, des Strasbourgeois tous les jours. Quel rôle peut l'Europe jouer pour aider les villes ? Quels sont les défis pour les villes d'accès d'en bas à l'Europe ? Bonsoir à toutes et à tous. C'est très heureux d'être avec vous pour faire ce lien justement du local à l'européen, de l'européen au local. Tu l'as dit tout à l'heure, Marc, j'ai été élue en 2020 sur une liste écologiste et citoyenne, donc rassemblant assez largement des parties écologistes, des parties de gauche et beaucoup de citoyens et citoyennes non encartées, qui constituent deux tiers de notre équipe. Il y a quelques membres qui sont là d'ailleurs. Bonjour à vous. Strasbourg est venue en force et on porte depuis 2020 un projet autour de trois piliers principaux, l'écologie, le social et la démocratie, en faisant systématiquement le lien dans toutes les propositions et projets que nous portons entre ces trois dimensions, puisque nous sommes, comme vous, convaincus qu'il n'y a pas de transformation écologique ou de réponse aux défis climatiques ou à l'effondrement de la biodiversité sans justice sociale, sans la mise en œuvre de politiques qui vont permettre d'embarquer tout un chacun. Et donc, ces trois dimensions, elles sont véritablement indissociables dans le projet que nous portons. Mais en plus, on a à Strasbourg une dimension qui est très présente, évidemment, c'est la question européenne, parce que nous sommes une des capitales européennes, la capitale, la capitale européenne. Merci, Marie. Évidemment, siège de très nombreuses institutions, mais surtout parce que toute l'histoire finalement de cette région dans laquelle se trouve Strasbourg, eh bien, cette histoire, elle est le berceau de la construction européenne, elle est aussi un berceau de l'écologie européenne, ou de l'Europe de l'écologie, donc c'est quelque chose qui est extrêmement présent. Je dis berceau de la construction européenne parce qu'évidemment, une région comme l'Alsace, ballotée de guerres en guerre, champ de bataille qui devient le lieu de la réconciliation des peuples, le lieu où on peut sceller la paix et bâtir cette construction européenne, ça s'inscrit dans l'ADN d'un territoire, de manière extrêmement forte, au-delà des institutions européennes, c'est véritablement là. Moi, je sais que c'est cette émotion qui nous prend à chaque fois qu'on franchit le Rhin, et ce Rhin, il est franchi tous les jours par des milliers de frontaliers et frontalières pour aller travailler, pour leur loisir, pour déposer leurs enfants à l'école, donc cette Europe, c'est vraiment cette Europe du quotidien. Et puis, je disais, c'est aussi l'Alsace, ou plus globalement la plaine Rhénane, le Rhin supérieur, aussi le terreau de cette Europe de l'écologie, ou de l'écologie européenne. (Ce fichier dure plus de 30 minutes. Passez à Illimité sur TurboScribe.ai pour transcrire des fichiers jusqu'à 10 heures.)