Bonjour, merci beaucoup à toutes et à tous d'être là ce matin à Cluny pour ce moment de réflexion, de travail, d'échange et de dialogue pour cette carte blanche qui est accordée par les organisateurs à la liste place publique Parti socialiste aux élections européennes, sous l'intitulé de ce que change la guerre en Europe. À l'origine, évidemment, cette carte blanche accordée à la liste, l'invitation a été lancée à sa tête de liste, Raphaël Glucksmann, qui avait évidemment accepté avec enthousiasme l'invitation. Entre temps, il avait dû se rendre à Kiev en Ukraine. La gravité de la situation nous permet de comprendre à toutes et à tous pourquoi il avait accepté. Et accident dans l'accident, si j'ose dire, il a eu un petit pépin de santé qui l'a condamné à rester à Paris. Mais vous verrez qu'il est avec nous. Mais entre temps, évidemment, Chloé Ridel, qui est à mes côtés, qui est candidate sur la liste et que je vous présenterai, je vous propose de le faire un tout petit peu après l'intervention de Raphaël pour vous situer un peu qui elle est. Bien sûr, fera un propos liminaire de 30 minutes environ. Après quoi, il y aura une longue séance de questions réponses pour réfléchir ensemble. Mais Raphaël a tenu quand même à être avec nous ce matin pour vous dire ce que lui considère comme important dans ce débat sur les questions internationales, la question de la politique extérieure de l'Union européenne. Évidemment, cet événement historique majeur de l'irruption de la guerre avec l'invasion de l'Ukraine par la Russie. Donc, Raphaël, merci beaucoup d'être avec nous. Qu'est-ce que change cette irruption de la guerre sur le continent européen? D'abord, évidemment, pour le monde, pour l'Europe et éventuellement aussi pour la gauche qui est aujourd'hui ici pour travailler à construire un projet commun. Ok. Alors déjà, je m'excuse de ne pas pouvoir être avec vous. J'ai juste eu une petite intervention chirurgicale, mais je tenais quand même à m'adresser à vous ce matin et à présenter cette réflexion sur ce moment décisif de notre histoire et le retour de la guerre en Europe, sur l'ébranlement du continent européen lié à l'invasion de l'Ukraine par Vladimir Poutine et sur la question qui se pose à nous et qui n'est pas une question habituelle à gauche, qui est celle de la sécurité collective, de la défense de la guerre. Et donc, cette année 2024 est une année de bascule historique pour l'Europe à cause de la guerre. On va voter pour la première fois alors que le continent est en guerre, mais aussi à cause de la perspective d'une possible élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis. Et ça rend absolument décisive et urgente la question de la défense collective européenne, parce qu'à la fin de l'année, on peut se retrouver tout seul face à la guerre sur le continent européen, tout seul face à Vladimir Poutine, tout seul face au régime autoritaire qui tente de déstabiliser nos démocraties, tout seul face à une situation inédite alors que nous n'avons strictement jamais en Europe œuvré à assumer cette solitude. Et donc l'enjeu, c'est de devenir adulte pour l'Union européenne, mais aussi pour les gauches européennes. Et devenir adulte, ça suppose de poser la question de la sécurité. Ça suppose de réfléchir et de travailler sérieusement aux questions de défense. Vous savez, la guerre en Ukraine n'est pas simplement une affaire russo-ukrainienne. Moi, j'ai présidé pendant tout mon mandat la commission spéciale sur les ingérences étrangères en Europe. Et la guerre hybride menée par le régime de Poutine contre les démocraties européennes ébranle les bases mêmes de nos démocraties. Ça passe par, bien sûr, des cyberattaques sur nos infrastructures critiques. Ça passe aussi par l'assassinat d'opposants sur notre sol. Mais ça passe par une ingérence dans le jeu politique européen. Le soutien du régime russe à l'ensemble des extrêmes droites européennes vise à déstabiliser le projet européen et à déstabiliser les structures mêmes de nos démocraties. Et donc, nous, on doit avoir une réponse face à cela, qui est une réponse ferme, mais qui est une réponse complète. Et la réponse complète, elle peut être authentiquement de gauche. Ça veut dire qu'il n'y a pas que des mesures sécuritaires à prendre. Par exemple, la transition énergétique. La transition énergétique dans le cadre d'une confrontation avec une tyrannie fossile. Eh bien, la transition énergétique devient un argument central du dispositif de sécurité et d'autonomie stratégique de l'Union européenne. Notre accoutumance, le fait d'être drogués aux énergies fossiles, au gaz et au pétrole, nous a rendu complètement dépendants de tyrannie hostile à nos principes et à nos intérêts. On l'a vu sur le gaz russe, mais on peut le voir aussi sur le gaz d'Azerbaïdjan, qui nous rend totalement silencieux face aux menaces qui pèsent sur l'Arménie. Et donc, en fait, cette dépendance-là, elle va être brisée par la transition que nous, on propose. La sobriété énergétique, les plans de rénovation thermique des bâtiments, tout cela n'est plus soudainement simplement des mesures écologistes. Cela devient des mesures réalistes d'affirmation d'une autodéfense européenne. Et au-delà de cela, ce qu'il faut qu'on arrive à présenter, c'est qu'en fait, cette transition écologique, ce n'est pas un affaiblissement volontaire et une restriction volontaire sur nos libertés dans le but de sauver la planète. C'est au contraire une redécouverte du sentiment d'autonomie et de liberté. Et finalement, nos sociétés se sont vécues comme étant en déclin depuis le premier choc pétrolier, depuis qu'elles ont découvert à quel point cette accoutumance aux énergies fossiles les a plongées dans un état de dépendance et donc d'absence de maîtrise de notre destin. Et je crois que nous, on peut arriver à porter un argument nouveau dans le débat public. Je pense notamment à l'article de Pierre Charbonnier juste après l'invasion de l'Ukraine sur l'écologie de guerre, c'est-à-dire un argument profondément réaliste sur le caractère impératif d'une transition énergétique urgente et un argument réaliste sur l'apport pour notre sécurité collective de la question de la sobriété énergétique. Et de la même manière, quand les démocraties sont en conflit, quand elles sont attaquées, quand leur base même devient branlante, eh bien le réflexe d'autodéfense des démocraties, c'est d'installer des systèmes de solidarité. Et donc la question, par exemple, de la taxation des superprofits ou en temps de guerre, c'est-à-dire quand vous avez des profits qui sont explicables par absolument aucun gain de productivité et qui s'expliquent simplement par la situation de tension géopolitique. Donc la question de la taxation des superprofits devient essentielle. Il y a une réponse authentiquement basée sur la solidarité à la question de la guerre que la gauche devrait porter. Vous savez, Roosevelt, pendant la Deuxième Guerre mondiale, a été jusqu'à taxer à 95% les superprofits, de la même manière que c'est durant la Deuxième Guerre mondiale que l'Angleterre a créé la NHS ou qu'est né et a été écrit le programme du Conseil national de la résistance. Donc dans ces moments-là où, finalement, la puissance publique pose à la collectivité la question de la vie ou de la mort, eh bien elle devient suffisamment puissante, justement, pour imposer la solidarité. Et si on demande à nos cités un effort à moyen et long terme qui est un effort massif, il faut que ça repose sur la question de l'équité, de l'égalité et donc de la solidarité. Et c'est pour ça que pour que nos démocraties tiennent, pour qu'elles résistent aux atos, eh bien il faut porter des mesures de justice sociale et de justice fiscale. Et c'est pour ça qu'on a lancé à l'échelle européenne, avec Laurent Laluc, Paul Magnette et d'autres leaders et d'autres activistes aussi écologistes, la question de la taxation des plus hauts patrimoines à l'échelle européenne, une sorte d'impôt européen sur les très grandes fortunes. L'idée, elle est simple. C'est-à-dire qu'il faut que nous, on ait une réponse à la question de la guerre qui soit une réponse fondée sur le droit international, qui soit une réponse fondée sur la solidarité à l'égard des Ukrainiens et qui sont notre première ligne de défense aujourd'hui, et qui soit fondée sur les solidarités à l'intérieur même de nos démocraties et de nos cités. Et donc ce que je veux dire, c'est qu'en fait on doit engager une réponse, une réflexion sérieuse sur la question que la gauche et les écologistes se posent très peu d'habitude, qui est la question de la guerre. Et c'est une question qui n'est pas une parenthèse, c'est pas un conflit qui va durer quelques mois et s'arrêter malheureusement. C'est une situation de conflictualité majeure en Europe qui ne s'arrêtera pas tout de suite, qui durera longtemps. Et donc nous devons, nous, apporter une réponse globale qui permettra finalement à notre espace politique d'être crédible dans un moment où la quête principale sera celle de protection, et à juste titre dans toutes les opinions européennes. Et donc nous, ce que nous devons développer, c'est une réponse qui est fondée sur le sérieux en matière de sécurité, prendre au sérieux la question des menaces qui pèsent sur nos démocraties, sur la paix et la stabilité du continent européen, prendre au sérieux la question des productions d'armement. Aujourd'hui, au moment où on se parle, la France, qui est censée être le pays qui a l'industrie de défense la plus performante d'Europe, ne peut fournir que 3 000 obus par mois à la résistance ukrainienne, alors que les Russes en tirent 20 000 par jour sur le front. Donc il y a une vraie question là de retrouver une capacité productive, de réorganiser à l'échelle européenne une base industrielle suffisante pour pouvoir défendre la stabilité et la sécurité du continent européen seul, si les Américains élisent Donald Trump. Et une réponse qui soit fondée sur la transition énergétique, sur la transition écologique et sur le retour de cette idée qui a été pendant longtemps battue en brèche par le triomphe idéologique des néolibéraux, c'est-à-dire la question de la redistribution, la question des solidarités sociales à l'intérieur des démocraties qui permettent à ces démocraties d'affirmer une force suffisante pour pouvoir résister aux assauts. Et donc je crois qu'on a vraiment, au lieu de chercher à mettre sous le tapis une question qui va être centrale pendant les mois et les années qui viennent, qui est celle de la guerre en Europe, eh bien nous devons répondre, nous, selon nos principes, et comprendre que finalement, ce qui nous est demandé depuis la question géopolitique jusqu'à la question climatique, c'est la même chose. C'est la reprise en main des affaires de la cité par le politique. C'est le retour au premier plan de l'intérêt général face aux intérêts particuliers. Et ça, c'est quelque chose que nous devons porter collectivement. Et donc je pense que c'est extrêmement intéressant de lier la question sociale, la question géopolitique ou sécuritaire, ou de la défense, et la question écologique. Et que finalement, on comprend que ces trois questions vont être liées. Et que l'état de dépendance et de faiblesse dans lequel on se trouve sur le plan géopolitique est un état fondé sur notre absolue dépendance à l'égard des pays producteurs, que ce soit producteurs de sécurité, les États-Unis, producteurs d'énergie, les pétromonarchies du Golfe, par exemple, ou producteurs de biens dans les secteurs stratégiques comme la Chine. Cet état de faiblesse dans lequel nous a conduit la religion du libre-échange retrouve un état d'impuissance face à la catastrophe climatique ou un état d'explosion des inégalités sociales. Et que finalement, on a, nous, une réponse globale à apporter à une crise qui est globale et qui comprend la question de la paix et de la guerre, qui comprend la question de la défense et de la sécurité. Et je crois que si on arrive à façonner cette réponse globale, on deviendra à nouveau des acteurs crédibles pour prévider au destiné des nations européennes et de l'Union européenne en tant que telle. Et donc c'est pour ça que c'était important pour nous, en fait, dans le cadre d'une réflexion plus générale sur la question de la transition écologique, de la justice sociale et de la capacité de la gauche à offrir une alternative politique crédible, et bien de mettre au cœur de nos réflexions la question de la guerre, la question de la défense, la question de la sécurité collective européenne, puisque ce sera la grande question de l'année 2024, depuis l'affrontement militaire direct en Ukraine jusqu'à la question de qui deviendra le prochain président des États-Unis, avec une perspective, encore une fois, qui est inédite dans notre histoire, et la perspective de la solitude européenne. Et cette perspective, il faut l'assumer, il faut assumer le vertige qu'elle suscite et produire une réponse qui nous permette d'être crédibles. Voilà, et je voulais vous remercier et m'excuser pour les problèmes techniques. J'espère que vous m'avez quand même entendu un peu. Merci beaucoup, Raphaël. Merci beaucoup, Raphaël, pour ton intervention, d'avoir pris le temps et la peine d'être avec nous quand même, malgré tout, en visio. Évidemment, son intervention suscite des questions, mais Chloé, évidemment, il répondra dans un second temps. Tu restes avec nous un petit peu? Oui, on va se couper. Donc, merci beaucoup, Chloé Ridel, d'être avec nous ce matin. Chloé, tu es candidate sur la liste de place publique du Parti socialiste aux élections européennes. Tu es porte parole du Parti socialiste. Tu es une intellectuelle qui intervient régulièrement dans le débat public sur plusieurs questions, notamment celle de la rénovation de notre démocratie et des questions internationales, géopolitiques et européennes qui est ton domaine d'expertise privilégiée. Tu es une militante associative et politique sur ces questions-là. Tu es également haut fonctionnaire avec une belle expérience dans les institutions européennes. Je le signale parce que d'abord, c'est important. Ça signale l'expertise, mais aussi parce qu'on discutera peut être ensemble aussi du fonctionnement réel des institutions, de comment ça marche, comment on décide, comment on négocie, parce que ça fait partie des questions importantes. Et tu as publié quelques mois après l'invasion de l'Ukraine par la Russie à un essai qui s'appelle d'une guerre à l'autre, l'Europe face à son destin. Pardon aux éditions de l'Aube, dans laquelle tu dans lequel tu poses beaucoup de questions et tu apportes des réponses sur les sujets qui sont les nôtres ce matin. L'idée de cette carte blanche, je crois, c'était de redire à quel point tu es la première dans cette scène intellectuelle et politique à dire que pour que la gauche sociale écologiste démocratique se réintéresse aux questions internationales, aux questions européennes. Peut-être avait-elle un peu oublié ces enjeux-là, mais en tout cas, tu les as pensés comme ça. On souhaitait avec les organisateurs que l'on balaye un certain nombre de sujets, peut-être d'abord les questions de démocratie, de droits humains, de valeurs qui sont le socle du projet européen. Les questions climatiques qui, évidemment, sont un facteur très important de compréhension de ce qui se joue à l'échelle internationale, mondiale, européenne. Les questions du fonctionnement réel de ces institutions. Mais évidemment, la guerre sur le continent, comme le disait Raphaël, change beaucoup de choses. Tu t'es inquiété la première des premières de ces conséquences, mais aussi peut-être de quelques opportunités au moins intellectuelles pour le penser. Donc, de ton point de vue, je pose la question du débat. Qu'est ce que cette guerre change? Merci beaucoup, François. Je suis très heureuse d'être là devant vous aujourd'hui et de prendre la suite de Raphaël qui, comme vous le voyez, a quelques petits soucis de santé à son doigt. Ça peut paraître rien, mais quand même, ça pèse. Donc, j'assure sa suite et j'en suis très heureuse. Qu'est ce que la guerre change en Europe? Moi, je vais essayer un peu de prolonger le propos de Raphaël qui a déjà été très complet et qui vous fournit le cadrage un peu intellectuel, le récit qui sera le nôtre dans cette campagne européenne. Mais c'est vrai qu'on part de cette guerre qui change beaucoup de choses pour ensuite dérouler notre fil. Je crois important de rappeler d'abord que cette guerre en Ukraine, elle nous a. Avant tout, renvoyer le miroir de notre faiblesse et de nos compromissions vieilles de 20 ans face au régime de Vladimir Poutine et face à la menace réelle que représentait la Russie à nos frontières. On avait complètement détourné les yeux de cette menace. On ne savait pas bien l'évaluer. Les extrêmes droites qui pullulent sur notre continent nous forçaient d'ailleurs à considérer que la menace, c'était plutôt l'immigré. Et nous avons pendant 20 ans laissé Poutine faire la guerre en Tchétchénie, en Géorgie, en Syrie, puis en Ukraine, annexé illégalement la Crimée sans vraiment réagir. On a tenté la diplomatie. On a été aussi naïfs et faibles face à ce qu'on appelle la guerre hybride que nous mène concrètement Vladimir Poutine. Qu'est-ce que c'est, cette guerre hybride ? C'est concrètement la décibilisation de nos opinions, la désinformation sur nos réseaux sociaux, des cyberattaques contre notamment nos hôpitaux pendant la pandémie de Covid-19, le financement de nos extrêmes droites, parce que le but de Vladimir Poutine, à la fin, c'est de faire imploser l'Union européenne, c'est de faire imploser l'unité européenne, parce que son problème à Vladimir Poutine, c'est pas l'OTAN qui menace. L'OTAN n'a jamais menacé, et je suis pas une fan de l'OTAN, mais n'a jamais menacé d'envahir le territoire russe. Ce qui dérange Vladimir Poutine, c'est d'avoir à ses frontières des démocraties. C'est la seule chose qui menace son pouvoir autoritaire, parce qu'en l'occurrence, l'exemple démocratique que fournit l'Union européenne attire des pays comme l'Ukraine, comme la Moldavie, comme la Biélorussie, que Poutine considère en bon impérialisme comme étant sa propriété au sein de ce qu'il appelle le monde russe. Donc il ne supporte pas que l'Ukraine se tourne vers l'Europe, vers la démocratie, que la Moldavie se tourne vers l'Europe, vers la démocratie, et ainsi de suite. Donc nous n'avons pas à nous excuser, en fait, de cela. Nous n'avons pas à nous excuser d'être des démocraties, puisque c'est cela qui menace non pas la sécurité du peuple russe, mais le pouvoir de Poutine. Et ça, personne ne l'a dit pendant 20 ans. Raphaël a été, je crois, un des seuls – je dois lui reconnaître ça – à le dire aussi clairement. Et moi, je m'inquiète que dans le début de cette campagne, on a cette impression que la leçon du 24 février 2022 n'a toujours pas été retenue par l'extrême droite, mais aussi malheureusement par une partie de la gauche qui nous explique – et là, je vais citer Jean-Luc Mélenchon – que le différent entre la Russie et l'Ukraine est un problème de frontière. Non, ça n'est pas un problème de frontière. C'est un conflit colonial en Ukraine mené par une puissance impérialiste qui est dans une tentative d'anéantissement d'un pays parce qu'il a voulu être libre. Voilà. C'est ça, ce qui se passe en Ukraine. Et donc en fait, si on ne pose pas le bon constat et les bons mots, après, on n'arrive pas à trouver des solutions. Et on dit oui, mais du coup, il faut négocier maintenant avec Vladimir Poutine après qu'il ait annexé illégalement non seulement la Crimée, mais le tiers aujourd'hui du territoire ukrainien, après qu'il ait déporté des enfants, après que ce monsieur ait fait l'objet aujourd'hui d'un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale. Donc quand j'entends que monsieur Poutine fait ce qu'il a à faire, je m'étrangle en fait. Non, monsieur Poutine déporte des enfants. Monsieur Poutine est un criminel de guerre. On ne peut pas entendre dans la bouche d'un responsable de gauche qu'il fait ce qu'il a à faire. Donc je crois que dans cette campagne, il faut aussi porter la clarté, le respect du droit international et ne pas s'aveugler sur la menace que nous avons en face de nous. Et donc, concrètement, même si c'est difficile à entendre que l'opinion publique est fatiguée, que les Français regardent leur pouvoir d'achat et je le comprends profondément, il faut leur dire la vérité. Et la vérité, c'est qu'il faut continuer de soutenir la résistance ukrainienne. Et ce que l'histoire retiendra à ce stade, c'est que nous n'avons pas été au rendez-vous de ce soutien à la résistance ukrainienne. La France, depuis le 24 février 2022, l'aide qu'elle a apportée à l'Ukraine, ça représente 0,6% de son PIB. Donc quand Macron nous dit on va envoyer carrément maintenant des soldats, il est non seulement totalement à côté de la plaque puisque les Ukrainiens jamais ne nous demandent ça, mais en plus, il essaie de masquer la faillite qui est la sienne, d'être en fait au rendez-vous de l'aide et concrètement d'envoyer des armes. Et donc nous avons perdu beaucoup de temps, mais quand même la guerre nous a enclenché cette prise de conscience. Elle a aussi, cette guerre, je crois, elle nous a permis de retrouver le sens d'une forme d'unité entre les peuples européens. Elle a fourni une nouvelle boussole au projet européen. Je m'en explique. Quand on a vu que des gens, les Ukrainiens en l'occurrence, étaient prêts à mourir, non seulement pour la survie de leur nation, mais pour pouvoir appartenir à l'Europe. On a compris que ces gens se battaient pour être des Européens et pour vivre comme nous. Et donc nous avons compris que notre mode de vie, ce qui nous unit en tant qu'Européens, c'est la démocratie, le libéralisme démocratique, un ensemble d'institutions, un ensemble de valeurs, une certaine idée aussi de la justice sociale, demain une certaine idée de l'écologie. Tout ceci faisait un modèle que nous avons en commun et qui était menacé et que nous étions les seuls à pouvoir défendre par ailleurs. Parce que, comme le dit Raphaël, nous sommes face au vertige de la solitude. Les États-Unis, non seulement sous Trump, mais même sous Biden, on ne peut pas compter sur eux 100% sur leur capacité à nous défendre. Et puis nous ne partageons pas tout de notre modèle. Et nous avons aussi constaté, quand la guerre en Ukraine, l'invasion totale de l'Ukraine est advenue, que deux tiers de la population mondiale vivait dans des pays qui refusaient à l'ONU de condamner l'invasion de l'Ukraine par Poutine. Et ça, ça nous montre une chose. Ça nous montre qu'aujourd'hui, le respect du droit international est l'otage de guerres mémorielles. Et nous l'avons commencé, cette guerre mémorielle. Je ne vais pas nous exonérer de responsabilité dans ce jeu. Mais en gros, les pays du Sud nous ont dit, nous refusons de condamner Poutine parce que vous, vous n'avez pas été au rendez-vous quand les États-Unis ont envahi l'Irak. Certains d'entre vous, d'ailleurs, ont soutenu les États-Unis. Vous n'avez pas été au rendez-vous dans tel ou tel conflit, etc. Et on a l'impression, d'un deux poids, deux mesures, que vous vous émouvez davantage de la perte des vies blanches que de la perte des vies non blanches. Pour le résumer comme ça. Et donc, ça nous a renvoyé quelque chose de dur quand même sur la réalité de l'état du monde. Et on retrouve cette guerre de mémoire dans ce qui se passe actuellement à Gaza ou pour vous la faire courte. Vous avez d'un côté les États-Unis et une partie de l'Europe qui sont dans la mémoire de la Shoah et de l'autre des pays du Sud qui sont dans la mémoire de la colonisation. Et il y a des pays en Europe, notamment comme l'Allemagne et les États-Unis, qui refusent de constater, d'appeler un chat un chat, c'est-à-dire de condamner aussi fermement que nécessaire la violation du droit international à Gaza par Israël. Et on ne s'en sort pas. On ne s'en sort pas. Donc, je crois que ce que ça nous apprend aussi, c'est que si l'Europe, demain, doit être une puissance, doit devenir adulte, comme le dit Raphaël, elle doit le devenir au service de la paix et du respect du droit international partout, sans œillère, et sortir cette question de la question de la guerre mémorielle. Parce qu'on sait très bien que pour faire face à la crise écologique, on aura besoin de paix, on aura besoin de droit international, on aura besoin de coopération. Donc l'enjeu aujourd'hui, c'est que l'Europe doit incarner une forme de pôle de stabilité pour les gens, de protection dans un monde qui est de plus en plus instable et inquiétant. Quand on dit que l'Europe doit être puissante, on dit simplement qu'elle doit utiliser le poids qui est le sien, la taille qui est le sien, pour protéger, pour tenir tête aux puissances de l'argent, aux multinationales, pour tenir tête aux puissances impérialistes. Et elle ne le fait pas, c'est-à-dire que la puissance de l'Europe n'est que potentielle, elle n'est pas réelle. Pour schématiser, l'Europe a été puissante pour organiser une concurrence entre les petits et les faibles, entre les travailleurs, entre les systèmes fiscaux, et elle a été faible avec l'effort. Il faut faire l'inverse aujourd'hui. Il faut protéger les petits et être durs avec à la fois les puissances de l'argent, je le disais, et les puissances impérialistes. C'est comme ça qu'elle montrera sa valeur ajoutée, c'est en faisant levier de sa grande taille. Et puisque nous sommes aux rencontres de l'écologie, je voudrais vous parler, pour conclure mon propos liminaire, d'un concept que nous mettons en avant dans cette campagne, qui est le concept d'Europe puissance écologique. Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire d'abord que l'Europe doit peser de tout son poids dans les négociations climatiques. Elle commence à le faire parce que qu'est-ce qu'on voit à la COP ? Il y a des rapports de force qui sont désormais assez clairs. Vous avez d'un côté le flanc progressiste auquel l'Union européenne appartient, avec souvent les pays qui sont les plus touchés par le réchauffement climatique, les petites îles, etc. C'est ce camp-là qui est notamment plaidé dans le cadre de la dernière COP à Dubaï pour la sortie des énergies fossiles. Et vous avez en face un camp plutôt du statu quo, voire de la réaction, qui rassemble les États-Unis et la Chine. Tout le reste de l'année, ils se font la guerre. Mais là, à la COP, pour refuser l'ambition climatique, ils sont main dans la main. Et les puissances autoritaires, les régimes autoritaires dépendant de la rente fossile, la Russie, l'Arabie saoudite, etc. Donc l'Europe incarne cette ambition écologique dans les négociations internationales. Mais pour ça, il faut qu'elle soit exemplaire. Et ce qu'on constate aujourd'hui, c'est que c'est en Europe que se trouvent les banques qui financent le plus les énergies fossiles à travers le monde, que c'est une entreprise française totale qui est responsable de l'opération de bombes climatiques qui menacent le respect des accords de Paris. Et ça ne peut plus être comme ça. Parce que si nous, Européens, devons dire aux pays du Sud de laisser les fossiles dans le sol, alors même qu'ils n'ont pas atteint le niveau de développement qui est le nôtre, nous avons un devoir d'exemplarité. Et nous avons le devoir de montrer même qu'il est possible d'atteindre la neutralité carbone tout en conservant un degré de développement élevé. C'est cette démonstration que nous devons faire parce que légitimement, des pays, des pays d'Afrique nous disent mais attendez, laissez-nous d'abord nous développer. On ne peut pas. On a de la ressource énergétique. Vous nous demandez de la laisser dans le sol. Quelle compensation ? Et qui êtes-vous pour nous dire de faire cela ? Donc ça, ça implique un devoir d'exemplarité. Et donc nous pensons qu'il est temps d'assécher le financement des banques européennes et notamment des banques françaises pour les fossiles. Nous portons la proposition d'interdire tout simplement le financement des projets fossiles dont il est démontré qu'ils sont incompatibles avec la trajectoire des accords de Paris. On a su interdire aux banques, par exemple, (Ce fichier dure plus de 30 minutes. Passez à Illimité sur TurboScribe.ai pour transcrire des fichiers jusqu'à 10 heures.)